Escalade symétrique Concepts Palo Alto
Une dispute où chacun hausse le ton un peu plus que l’autre. Deux collègues qui, chacun leur tour, restent au bureau un peu plus tard pour prouver leur implication. Un couple où chacun campe sur ses positions avec de plus en plus de fermeté, parce que céder reviendrait à perdre la partie. Dans les trois cas, le même mouvement se répète, en miroir, et s’amplifie chaque fois plus.
Ce mécanisme porte un nom : l’escalade symétrique. Il est issu des travaux de l’anthropologue Gregory Bateson, qui décrit dès 1935 la schismogenèse symétrique dans son étude du peuple Iatmul de Nouvelle-Guinée : une différenciation progressive entre deux parties fondée sur l’égalité et la rivalité, qu’il illustre alors par la surenchère de vantardise entre groupes rivaux. Il reprendra plus tard l’image d’une course aux armements pour la même dynamique. Paul Watzlawick, Janet Beavin et Don Jackson formalisent ce concept en 1967 dans Pragmatics of Human Communication et l’appliquent aux relations interpersonnelles : une relation symétrique est fondée sur l’égalité entre les partenaires, chacun ayant tendance à répondre à un comportement par son équivalent.
Dans une relation symétrique, on répond à la même chose par la même chose, en plus fort.
- Entre deux pays, une escalade militaire suit typiquement ce schéma : chaque renforcement d’un camp appelle un renforcement équivalent chez l’autre.
- Dans un couple, deux silences qui se répondent peuvent durer des jours, chacun attendant que l’autre fasse le premier pas.
- Au moment de partager l’addition entre amis, chacun insiste pour payer plus que sa part : l’un propose de tout régler, l’autre refuse et propose la même chose en retour, et le repas se termine sur un bras de fer à qui se montrera le plus généreux.
- Après le succès d’un projet commun, chacun rejette le mérite sur l’autre : l’un affirme n’avoir fait que suivre les idées de sa collègue, l’autre insiste pour dire que sans son collègue, rien n’aurait abouti. Chacun s’efface, et plus l’un minimise sa part, plus l’autre en fait autant. Il s’agit ici d’une compétition symétrique pour la position basse.
En Thérapie brève systémique et stratégique, sortir d’une escalade symétrique passe rarement par convaincre l’autre d’arrêter : ça passe plus souvent par un geste qui rompt la symétrie, un pas de côté qui refuse de répondre en miroir et qui intègre de la complémentarité dans la relation.
À ne pas confondre avec
L’escalade complémentaire : dans l’escalade symétrique, les deux personnes font la même chose, en miroir. Dans l’escalade complémentaire, elles font des choses opposées qui s’alimentent l’une l’autre (l’une insiste, l’autre se retire, par exemple). Ce n’est pas la même mécanique.
Voir aussi dans le glossaire
- Escalade complémentaire Concepts Palo Alto
- Cercle vicieux Concepts Palo Alto
