Education & pédagogie

Devoirs qui tournent au conflit, enfant qui n'écoute pas ou s'ennuie en classe : ce n'est presque jamais une question de volonté

Il ne fait plus ses devoirs, ou les fait sans y mettre grand-chose. Il n'écoute pas en classe, s'ennuie, peine à rester concentré. Vous avez déjà tout essayé : encourager, sanctionner, négocier, échanger avec ses enseignants. La motivation, l'attention, l'effort sont des processus qui dépendent autant du contexte et de la relation que de l'enfant lui-même. Ce n'est presque jamais un problème de volonté, ni du côté de l'enfant, ni du côté de l'école.

Ça vous parle ?

Ces situations touchent souvent en même temps l'enfant, le parent et l'enseignant, sans qu'aucun des trois n'y soit directement pour quelque chose.

Les devoirs tournent au conflit chaque soir, et plus vous vous impliquez, moins il semble s'investir.

Lire l'article →

Il ne fait plus rien sans récompense, et vous ne savez plus comment revenir en arrière.

Lire l'article →

Toute la classe a été punie pour la bêtise d'un seul, et ça n'a jamais semblé régler grand-chose.

Lire l'article →

Les appréciations du bulletin semblent différentes entre votre fille et votre fils, sans savoir si c'est réel.

Lire l'article →

Un enseignant semble avoir une image figée de votre enfant, et ça paraît influencer tout le reste.

Lire l'article →

Il n'écoute rien, est hyper agité ou s'ennuie en classe, et vous comme son enseignant ne savez plus quoi faire.

Ce qu'on croit souvent, et pourquoi ça ne suffit pas toujours

« Une récompense, ça motive toujours plus qu'un compliment »

C'est vrai à court terme, mais l'effet s'inverse souvent sur la durée. Quand une récompense promise à l'avance porte sur une activité que l'enfant appréciait déjà, son intérêt spontané s'effondre une fois la récompense retirée : c'est l'effet de surjustification, documenté depuis les années 1970. Une reconnaissance surprise, après coup, n'a pas cet effet : c'est l'anticipation qui abîme la motivation, pas la reconnaissance elle-même.

« Punir toute la classe fait pression sur le fautif »

C'est l'inverse qui se produit le plus souvent. Face à une sanction perçue comme injuste, un groupe se soude, mais contre l'adulte qui vient de le punir, pas contre l'élève responsable. Des enquêtes menées en France auprès de plusieurs milliers de collégiens montrent que plus les punitions collectives sont fréquentes, plus le sentiment d'injustice à l'égard de l'école augmente : la sanction censée restaurer l'autorité finit par l'éroder.

« Les appréciations du bulletin sont un reflet neutre du niveau de l'élève »

C'est plus nuancé que ça. Une étude portant sur plus de 600 000 bulletins de terminale scientifique (2013-2017) a repéré qu'à niveau identique, le vocabulaire utilisé variait selon le sexe de l'élève : davantage de termes liés au potentiel pour les garçons, davantage de termes liés au sérieux ou aux lacunes pour les filles. L'écart mesuré reste modeste, mais statistiquement robuste sur un échantillon aussi large. Les chercheuses elles-mêmes précisent qu'il ne s'agit ni d'une intention discriminatoire ni d'un phénomène généralisé à toutes les matières : il concerne surtout les disciplines les plus marquées par des représentations de genre, comme les mathématiques.

« Les résultats d'un enfant ne dépendent que de son travail, pas du regard qu'on porte sur lui »

Les attentes d'un adulte sur un enfant, même jamais formulées à voix haute, se transmettent par des signaux discrets (le ton, le temps de parole laissé, la difficulté des exercices proposés) et finissent par influencer réellement son engagement, parfois ses résultats : c'est l'effet Pygmalion, documenté depuis 1968. Ce n'est pas propre aux enseignants : le même mécanisme touche les parents, et plus largement tout adulte en position d'évaluer un enfant. En tenir compte, c'est reconnaître qu'une part du résultat scolaire se joue aussi dans la relation.

« Un enfant qui s'ennuie en classe doit juste se donner plus de mal »

L'ennui scolaire n'est pas toujours un manque de volonté. Chez un enfant en avance sur le rythme proposé (parfois diagnostiqué « HPI »), il traduit souvent un vrai décalage entre ce qu'on lui demande et ce dont il aurait besoin, et peut se manifester par de l'agitation ou du désintérêt plutôt que par de bons résultats. Ralentir l'exigence n'est pas la seule réponse possible : ouvrir la profondeur du travail proposé fonctionne souvent mieux que d'en changer uniquement le rythme.

« Il faut défendre son enfant pour que le prof change de regard »

C'est le réflexe le plus naturel, mais rarement le plus efficace : plus on cherche à convaincre quelqu'un qu'il fait erreur, plus l'on augmente les chances qu'il se justifie et se braque sur sa position de départ. Apporter une information nouvelle fonctionne souvent mieux qu'un contre-argument. « Il a fini son livre en trois jours à la maison, comment ça se passe en classe sur la lecture ? » ouvre une discussion là où « il adore lire, vous vous trompez » la ferme.

Pourquoi ça se répète

Face à une motivation qui s'éteint ou une classe qui se braque, la tentation est la même pour tout le monde : refaire ce qui semblait logique, en un peu plus insistant. Le problème, c'est que la réponse la plus intuitive n'est pas toujours celle qui débloque la situation.

Un enfant décroche, ou un groupe se désorganise. L'adulte réagit à sa façon : il insiste, il sanctionne, il récompense, il répète l'attente une nouvelle fois. Pendant quelques jours, ça semble aller mieux. Puis le même point de blocage revient, parfois plus marqué. Et on reprend la même réponse, avec un peu plus d'intensité.

C'est ce que l'approche systémique appelle des tentatives de solution : des réponses qui semblent logiques face à un problème, mais qui, répétées à l'identique, finissent par entretenir, voire amplifier ce qu'elles cherchaient à résoudre. Ce n'est pas systématique, et ce n'est jamais un défaut d'implication, ni du côté des parents, ni du côté des enseignants.

La question n'est alors plus seulement « qu'est-ce qui ne va pas », mais aussi « qu'est-ce que cette façon d'y répondre entretient, sans que personne ne s'en rende compte ».

L'angle Interactologie

Ici, on ne cherche pas à distribuer les responsabilités entre l'enfant, le parent et l'enseignant. On regarde la mécanique de la relation éducative : ce qui, dans les réponses que chacun apporte pour restaurer la motivation, l'autorité ou de bons résultats, peut entretenir exactement ce qu'on cherche à faire cesser. L'approche est systémique, héritée de l'école de Palo Alto et de la thérapie brève stratégique.

Elle part d'un principe simple : ce qu'on met en place pour améliorer un apprentissage ou un comportement (punir, récompenser, insister, catégoriser) peut, sans que personne ne le veuille, éloigner du résultat recherché.

Ça ne veut dire ni que les parents s'y prennent mal, ni que les enseignants font mal leur travail. La plupart de ces réponses sont logiques, et fonctionnent dans bien d'autres situations. Mais quand ça ne marche plus depuis plusieurs semaines, refaire la même chose en plus insistant ne suffit généralement pas. Il existe presque toujours un pas de côté possible, même s'il n'est pas celui auquel on pense spontanément.

Découvrir l'approche systémique en détail →

Les questions les plus fréquentes

Punir toute une classe, est-ce vraiment inefficace ?

Pas totalement inefficace, mais rarement la meilleure option sur la durée. Une sanction collective produit souvent un effet immédiat, le silence revient, ce qui explique qu'elle persiste. Mais répétée, elle tend à souder le groupe contre l'adulte plutôt que contre l'élève responsable, et le sentiment d'injustice qui en découle use la relation. Comme beaucoup de réponses face à un problème, elle n'est pas mauvaise en soi : elle pose surtout question quand elle devient la seule solution répétée face à une agitation qui persiste.

Une récompense aide-t-elle vraiment un enfant à progresser ?

Ça dépend entièrement du moment où elle arrive. Une récompense promise à l'avance pour une activité que l'enfant aime déjà tend à détruire son intérêt spontané une fois retirée. Une reconnaissance surprise, après un effort réel, n'a pas cet effet : c'est l'anticipation qui pose problème, pas la reconnaissance en elle-même.

Les bulletins scolaires sont-ils vraiment influencés par le sexe de l'élève ?

Les données disponibles le suggèrent, à niveau scolaire identique : le vocabulaire utilisé dans les appréciations diffère selon qu'un élève est une fille ou un garçon, notamment en sciences. Ce n'est pas une intention discriminatoire : c'est un biais inconscient, partagé par l'ensemble des enseignants, qui reflète des représentations culturelles plus larges que l'école seule.

Le regard d'un enseignant peut-il vraiment influencer les résultats d'un élève ?

Oui, et ce mécanisme est documenté de longue date : les attentes d'un adulte sur un enfant, même jamais formulées à voix haute, se transmettent par des signaux discrets (le ton, le temps de parole laissé, la difficulté des exercices proposés) qui finissent par influencer réellement son engagement et ses résultats. Ce n'est pas un manque de discernement : c'est un mécanisme largement inconscient, qui touche aussi les parents.

Un enfant qui s'ennuie en classe est-il forcément en avance sur le programme ?

Pas forcément, et mieux vaut éviter l'autodiagnostic. L'ennui en classe peut venir d'un vrai décalage avec le rythme proposé, mais aussi de la fatigue, d'un désintérêt passager, ou d'une difficulté ailleurs qui se traduit par un décrochage apparent. Observer si le désintérêt est global ou ciblé sur certaines matières donne souvent plus d'indications que de conclure trop vite.

Le redoublement aide-t-il vraiment un enfant en difficulté ?

C'est un sujet débattu depuis longtemps, et la réponse dépend beaucoup du contexte et de l'âge de l'enfant : il n'existe pas de règle universelle qui s'applique à toutes les situations. Ce qui semble compter le plus, ce n'est pas tant la décision elle-même que ce qui est mis en place autour, avant et après.

Qu'est-ce qu'une tentative de solution, en psychologie systémique ?

C'est une réponse mise en place pour résoudre un problème, et qui, répétée à l'identique, finit par l'entretenir au lieu de le résoudre. On la retrouve dans plusieurs mécanismes très concrets : punir tout un groupe, multiplier les récompenses, ou répéter une attente sur un enfant sans la remettre à jour. Le point commun : une réponse logique, répétée avec plus d'intensité quand elle ne fonctionne pas, sans jamais changer d'angle.

Une offre de consultation est en préparation, centrée sur l'approche systémique.

Être informé·e des consultations
remonter