Recadrage Concepts Palo Alto
Dans Les Aventures de Tom Sawyer, Tom est puni : il doit repeindre une clôture entière un samedi, pendant que ses amis jouent. Plutôt que de se plaindre, il se met au travail avec un tel enthousiasme que les autres enfants, intrigués, lui demandent d’essayer à leur tour. Tom finit par leur faire payer le privilège de peindre à sa place. Les faits n’ont pas changé : c’est toujours la même corvée, la même clôture. Ce qui a changé, c’est le sens qu’on lui attribue, passé de punition à privilège convoité.
Ce déplacement s’appelle le recadrage. Paul Watzlawick, John Weakland et Richard Fisch, du Mental Research Institute, y consacrent un chapitre entier de Change: Principles of Problem Formation and Problem Resolution (1974), qu’ils intitulent « The Gentle Art of Reframing ». Ils le définissent comme la modification, ou la tentative de modification, du sens attribué par une personne à une situation ou à un objet, sans que rien ne change dans les faits eux-mêmes. Le recadrage est ce qui permet, selon eux, un changement de type 2 : non pas faire plus ou moins de la même chose à l’intérieur d’un cadre inchangé, mais sortir de ce cadre pour en adopter un autre.
Le recadrage consiste à attribuer à une situation un sens différent, tout aussi plausible que le sens initial, sans en modifier les faits objectifs. Ce déplacement du cadre d’interprétation permet un changement de type 2 : sortir du système de références qui maintenait le problème, plutôt que d’agir davantage à l’intérieur de ce même système.
- Un parent qui surveille intensément les devoirs de son enfant, convaincu que cette surveillance le pousse à travailler, se voit proposer une autre interprétation : chaque contrôle supplémentaire confirme à l’enfant qu’il n’est pas capable de s’organiser seul, ce qui le pousse justement à se désinvestir davantage. Le parent ne cherchait qu’à obtenir plus d’autonomie chez son enfant ; le recadrage lui montre que sa méthode produit exactement l’inverse.
- Une personne qui rassure sans cesse son partenaire anxieux (« mais non, tout va bien, je t’aime ») découvre, à travers le recadrage du thérapeute, que chaque réassurance confirme implicitement qu’il y avait une raison de s’inquiéter, ce qui entretient l’anxiété au lieu de l’apaiser. Ce qu’elle croyait être une preuve d’amour apparaît alors comme le carburant même du problème qu’elle voulait résoudre.
- Une personne insomniaque qui redouble d’efforts pour s’endormir (compter les moutons, se répéter « il faut que je dorme ») se voit montrer que cet effort volontaire est précisément ce qui maintient l’éveil : le corps ne s’endort pas sur commande, et chaque tentative de contrôle relance l’attention, donc l’éveil. Une fois ce mécanisme vu, continuer à « essayer très fort » de dormir devient difficile à faire de bonne foi.
En Thérapie brève systémique et stratégique, le recadrage n’est jamais un vernis positif plaqué sur une situation : c’est une proposition d’interprétation alternative, aussi plausible que la première, qui rend possible une réponse différente là où l’ancien cadre maintenait le blocage.
À ne pas confondre avec
La pensée positive : la pensée positive cherche à voir le bon côté d’une situation en minimisant ce qui dérange. Le recadrage ne minimise rien : il propose une lecture différente, tout aussi rigoureuse, qui peut d’ailleurs déplacer le problème vers un aspect jusque-là ignoré plutôt que de l’adoucir.
Voir aussi dans le glossaire
- Tentative de solution Concepts Palo Alto
- Cercle vicieux Concepts Palo Alto
