Vous avez commencé une thérapie pendant le Covid, sur Zoom, un peu par défaut. Ou vous hésitez à en démarrer une parce que le seul psy disponible ne reçoit qu’en visio, et vous n’êtes pas sûr que ça « compte vraiment ». Peut-être que vous avez déjà essayé, et que vous vous êtes demandé si ce que vous ressentiez à travers l’écran était une vraie relation, ou une version appauvrie de quelque chose qui devrait se passer dans une pièce.
La question est légitime. Et la réponse de la science est, pour le coup, plus tranchée qu’on ne l’attendrait.
Azy Barak, chercheur en psychologie à l’Université de Haïfa en Israël, a coordonné en 2008 la première méta-analyse d’envergure sur les thérapies psychologiques en ligne. Son équipe a analysé 92 études indépendantes, portant sur 9 764 patients traités via différents formats numériques pour des problèmes allant de l’anxiété à la dépression en passant par le stress post-traumatique. Résultat : les thérapies en ligne fonctionnent. Pas un peu, pas « à peu près » : à un niveau comparable à ce que produit une thérapie classique en cabinet.
En ligne ou en cabinet : à protocole équivalent, l’effet thérapeutique est le même.
Ce résultat a été confirmé depuis par plusieurs autres équipes. La revue de littérature publiée en 2016 par Janine Olthuis et ses collègues de l’Université Dalhousie au Canada, portant sur 38 essais randomisés contrôlés (3 214 participants) pour les troubles anxieux spécifiquement, arrive à la même conclusion : la TCC délivrée avec le soutien d’un thérapeute via internet n’est pas significativement différente de la TCC en face-à-face sur la réduction des symptômes.
Ce qui surprend davantage, c’est ce qu’on trouve quand on regarde de plus près. Une étude brésilienne publiée dans le JMIR Mental Health en 2016 : un essai randomisé contrôlé mené par Ines Hungerbuehler et ses collègues de l’Université de São Paulo sur 107 patients souffrant de dépression légère : a comparé des consultations psychiatriques mensuelles en visioconférence à domicile avec des consultations en cabinet sur 12 mois. La dépression a diminué dans les deux groupes. Mais le groupe visio a obtenu de meilleurs résultats cliniques sur l’ensemble du suivi. Et surtout : à six mois, le taux d’abandon était de 18,5% dans le groupe présentiel, contre 5,7% dans le groupe visio.
Les patients suivis par écran abandonnaient trois fois moins souvent. Ce n’est pas un détail.
Pourquoi ? Plusieurs mécanismes se cumulent. Le premier est purement logistique : pas de trajet, pas de salle d’attente, pas de conflit d’emploi du temps avec le travail ou les enfants. Le deuxième est moins évident. La recherche sur les relations en ligne (depuis les premières études sur les forums des années 1990 jusqu’aux travaux récents sur la thérapie par chat) documente de façon répétée ce qu’on appelle l’effet de désinhibition : derrière un écran, les gens se livrent plus facilement. La distance physique réduit la honte, allège la peur du jugement, et permet parfois de dire en séance des choses qu’on n’aurait pas réussi à formuler assis en face de quelqu’un.
Sonia Lippke, chercheuse en psychologie à l’Université Jacobs de Brême en Allemagne, a publié en 2021 dans le Journal of Medical Internet Research les résultats d’une analyse secondaire de deux essais randomisés contrôlés sur l’aftercare psychosomatique (300 patients, suivi à 18 mois). Les patients ayant reçu leur thérapie en ligne étaient significativement plus satisfaits de leur traitement que ceux suivis en présentiel. La satisfaction relationnelle, elle, était équivalente dans les deux groupes. Tout cela montre que l’alliance se construit tout autant avec ces modalités-là.
La satisfaction à l’égard du thérapeute (ce qu’on mesure sous le nom d’alliance thérapeutique) résiste à la distance. Ce n’est pas parce qu’on ne se voit pas dans la même pièce qu’on ne se sent pas compris.
Il existe malgré tout des limites réelles : les thérapeutes interrogés par F.R. Yamamoto et ses collègues de l’Université du Colorado Boulder dans une étude qualitative publiée en 2021 rapportent qu’ils ne se sentent pas à l’aise pour travailler la mémoire traumatique en visio, parce qu’ils ne peuvent pas évaluer avec précision l’état émotionnel du patient en temps réel. Les signaux non-verbaux fins (la tension dans le corps, la respiration qui change, les micro-expressions) passent mal à travers un écran de 15 pouces. Les thérapies expressives (art-thérapie, musicothérapie, jeu pour les enfants) posent des problèmes pratiques évidents. Et certains patients (notamment ceux qui ont des troubles de l’attention ou qui n’ont pas d’espace privatif chez eux) s’engagent moins bien à distance.
Mais pour la majorité des situations cliniques courantes (problèmes relationnels, harcèlement, anxiété, dépression, phobies, troubles obsessionnels, gestion du stress, etc.), les données sont claires et convergentes depuis maintenant près de vingt ans. Et donc, si vous hésitez à démarrer un suivi en ligne parce que vous n’êtes pas sûr que ça « compte vraiment », la recherche vous autorise à arrêter d’hésiter.


