C‘est souvent un mardi soir, vers 18h. Le cartable vient d’être posé, le goûter à peine entamé. Votre enfant s’est mis en tête qu’il pourrait bien négocier dix minutes d’écran. Vous dites non. La scène démarre : pleurs, cris, objets qui volent parfois, portes qui claquent. Vous avez déjà essayé de lui parler calmement, de le distraire avec autre chose, d’expliquer, de négocier, ou de promettre que demain ce serait possible. Vous avez même parfois cédé, juste pour que ça s’arrête, mais rien ne marche vraiment. Ou plutôt, ça marche ce soir et ça recommence demain… en pire !
Calmer, éviter, négocier : les trois réflexes qui entretiennent tout
Face à un enfant en crise, tout parent s’astreint à ce qui lui semble le plus naturel : essayer d’éteindre l’incendie, parler doucement, tenter de raisonner, ou encore proposer une alternative. Ou, plus en amont, anticiper : on évite les situations qui déclenchent, on cède avant que ça monte, on arrondit les angles pour ne pas avoir à gérer la scène tant redoutée.
Ces réflexes semblent logiques. Ils partent d’un bon endroit : l’empathie, l’envie de ne pas faire souffrir son enfant, et puis probablement la fatigue aussi. Mais ils ont un effet que personne ne cherche : ils court-circuitent l’apprentissage pour l’enfant que ses émotions, même intenses, se traversent, et qu’elles peuvent s’exprimer sans que le monde s’effondre.
La colère, chez un enfant, n’est pas un dysfonctionnement. C’est une émotion normale, universelle, qui a une fonction : signaler qu’un besoin est bloqué, qu’une limite vient d’être rencontrée, qu’une attente n’est pas satisfaite. Quand elle monte, elle cherche une sortie. L’autoriser à exister, la traverser, sentir qu’on peut supporter l’inconfort et que ça passe, est précisément ce qui construit, au fil du temps, ce que les chercheurs appellent la tolérance à la frustration.
Chaque fois qu’un adulte intervient pour interrompre cette traversée, en cédant, en distrayant, en voulant à tout prix calmer la crise, l’enfant ne fait pas l’apprentissage que toute émotion a le droit d’exister, même intense, même inconfortable.
L’évitement des crises est peut-être le piège le plus discret. Quand un parent repère les situations à risque et les contourne systématiquement, il protège son enfant de cette chose précise : l’expérience de traverser quelque chose de difficile. À court terme, c’est du confort, mais à moyen ou long terme, c’est un enfant dont le seuil de tolérance ne progresse pas, parce qu’il n’est jamais mis à l’épreuve.
Et dans son cerveau ? Pourquoi raisonner un enfant en crise ne sert à rien
Quand un enfant explose vraiment, ce qui se passe dans son corps précède ce qui se passe dans sa tête. L’amygdale, qui détecte les menaces et les frustrations, déclenche une réponse d’alarme en quelques millisecondes. Le cortex préfrontal, lui, celui qui régule les émotions, planifie et inhibe les impulsions, met beaucoup plus de temps à répondre. Et chez l’enfant, ce cortex est encore en plein développement : il ne sera mature qu’au début de l’âge adulte.
Résultat concret : au pic d’une crise intense, l’enfant n’a temporairement plus accès à la partie de son cerveau qui lui permettrait de se raisonner. Ce n’est pas de l’obstination, c’est physiologique. Lui parler, expliquer, négocier dans cet état revient à s’adresser à quelqu’un qui n’est pas en mesure de recevoir le message.

Éric Binet, psychologue clinicien et formateur, rappelle que la colère émotionnelle est involontaire. Elle déborde. L’enfant est submergé : son système nerveux est en surchauffe, sa capacité à raisonner s’effondre temporairement. Il ne « fait pas exprès ». Il ne peut littéralement pas s’arrêter sur commande. Lui demander de se calmer dans cet état revient à demander à quelqu’un de nager plus vite alors qu’il se noie. Binet note par ailleurs que dans cet état, l’activation sous-corticale rend l’enfant sourd à tout argument : le raisonner ne sert à rien.
C’est ce que la psychologue scolaire & coach Tina Feigal documente dans sa conférence TEDx : quand un enfant est en crise, son amygdale cherche à capter l’attention de l’adulte dont il dépend pour survivre. Et elle n’a aucune préférence entre une attention chaleureuse et une attention en colère. N’importe quelle réaction parentale suffit à la satisfaire et garantit que la scène se rejouera.
Pour finir, Line Massé, professeure au département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières, identifie de son côté les principaux déclencheurs des crises : un besoin frustré, un sentiment d’injustice, une blessure à l’estime de soi, la perte de pouvoir personnel, mais aussi, souvent, l’accumulation silencieuse. L’enfant qui explose sur une chose anodine en rentrant de l’école n’explose pas sur cette chose, mais probablement sur la journée entière. La crise du soir n’est pas le problème : elle est la sortie d’une pression accumulée depuis le matin.
« Il me provoque » : le malentendu le plus courant
Il me défie / Il le fait exprès / Il rigole quand je m’énerve, alors qu’il sait très bien ce qu’il fait… Cette lecture est compréhensible mais presque toujours fausse.
Héloïse Junier, docteure en psychologie et spécialiste de la petite enfance, est catégorique : un enfant n’a pas les capacités cognitives de provoquer intentionnellement un adulte avant 4-5 ans, ni de manipuler au sens propre avant 6 ans environ. Provoquer quelqu’un suppose de comprendre qu’il a un point de vue, des émotions, une perception différente des siennes ; ce que les chercheurs en psychologie du développement appellent la décentration. Elle n’est pas pleinement en place avant 4-5 ans. Quant à la manipulation intentionnelle, elle demande des compétences cognitives et sociales qui n’émergent pas avant 6 ans au moins.
Ce qui ressemble à de la provocation (le rire quand l’adulte s’énerve, les comportements qui montent d’un cran,…) est en réalité une réponse neurobiologique au stress. Quand un enfant rit face à la colère d’un adulte, il ne se moque pas. Il cherche instinctivement à faire baisser la tension, parce que voir l’adulte dont il dépend entrer en colère est pour lui une menace réelle. Le sourire, c’est une tentative de ramener le calme : pas de la provocation, mais plutôt du désarroi.

Cela dit, toutes les crises ne relèvent pas d’un débordement émotionnel pur. Certaines, surtout chez les enfants plus grands, sont des stratégies apprises : l’enfant a découvert que la colère produit une réaction, que l’adulte finit par céder, que l’intensité paie. La différence se voit assez nettement : dans une vraie tempête émotionnelle, l’enfant ne maîtrise plus son langage ni ses gestes. Dans une crise plus « instrumentale », il formule exactement ce qu’il réclame et surveille l’effet produit. La réponse à donner n’est pas la même dans les deux cas, mais elle partira du même principe : ne pas gérer à sa place.
Ce que la recherche dit sur le contrôle psychologique parental
Une étude publiée en 2018 dans School Psychology International par Pina Filippello et ses collègues de l’Université de Messine a suivi 214 lycéens italiens pour comprendre comment le contrôle parental influe sur leur rapport aux difficultés. Résultat : le contrôle psychologique maternel, c’est-à-dire un style parental qui surcontrôle, protège de la frustration et intervient pour éviter l’échec, prédit l’intolérance à la frustration, qui elle-même prédit la résignation scolaire. Plus l’enfant est protégé des obstacles, moins il développe la capacité de les affronter. Et quand il y est confronté seul, il abandonne.
Ce n’est pas une étude sur les crises de colère à proprement parler. Mais le mécanisme est identique : quand l’adulte prend en charge ce que l’enfant pourrait traverser lui-même, il lui retire quelque chose d’essentiel : de l’expérience.
Ce lien entre contrôle parental et régulation de la colère a été confirmé dès 2014 sur 206 adolescents par Lixian Cui et Amanda Sheffield Morris : un parent qui surcontrôle ne produit pas un enfant agressif directement. Il produit un enfant qui ne sait pas réguler sa colère. Et c’est ce qui, plus tard, débouche potentiellement sur l’agressivité.
Elon University / University of Virginia : 25 études, 10 010 participants, 9 pays
Contrôle parental et régulation émotionnelle : méta-analyse
Lauren Beliveau, Anne-Marie Iselin et leurs collègues ont synthétisé 25 études portant sur plus de 10 000 enfants et adolescents dans neuf pays. Résultat : plus le contrôle parental est élevé, moins la régulation émotionnelle de l’enfant est développée. L’effet est petit mais significatif, et il est particulièrement marqué pour la régulation de la colère, exactement l’émotion en jeu dans les crises. Ni l’âge, ni le genre de l’enfant, ni le fait que ce soit la mère ou le père qui exerce ce contrôle ne changent le résultat.
Beliveau, L. E., Iselin, A.-M. R., DeCoster, J., & Boyer, M. A. (2023). A meta-analysis relating parental psychological control with emotion regulation in youth. Journal of Child and Family Studies, 32, 3876–3891.
La colère a une fonction, comme toute émotion.
On l’a compris, la colère émotionnelle d’un enfant n’a pas besoin qu’on la « gère », mais plutôt qu’on la laisse exister.
Quand un enfant explose, quelque chose se passe dans son corps qui dépasse sa volonté. Son système nerveux autonome est activé. Sa capacité à raisonner, à écouter, à répondre à la logique est temporairement hors ligne. Mais cette tempête passe. Elle a un début, un pic, et une fin. Et quand on la laisse suivre son cours, sans l’alimenter, sans la réprimer, sans y mettre fin de force, l’enfant fait quelque chose d’important : il découvre qu’il peut traverser une émotion intense sans que quelqu’un arrive pour la faire cesser. Qu’il peut être submergé et s’en remettre. Que l’inconfort intense est temporaire, et par-dessus tout, que ses émotions sont légitimes. C’est précisément cet apprentissage qui construit, crise après crise, une meilleure régulation émotionnelle.

La colère exprime et fait sortir une pression qui, si elle restait en-dedans, trouverait d’autres chemins, moins nets ou moins lisibles. Un enfant qui crie et pleure dit quelque chose. Il ne sait pas, ou peut pas dire autrement. C’est votre rôle de l’accompagner vers cet « autrement », mais pas au milieu de la crise. Après.
Héloïse Junier le formule simplement : interrompre une crise avant que l’enfant ait fini de décharger, c’est garantir qu’il se remettra en colère à la moindre contrariété suivante. Son cerveau n’aura pas eu le temps de redescendre.
Une émotion n’est pas un avis qu’on peut contester. On ne décide pas de la ressentir. Un enfant dont on interrompt systématiquement les crises finit par apprendre que ses états intérieurs sont un problème à régler, pas une réalité à traverser.
Le 180° Palo Alto : autoriser, plutôt que « gérer la crise »
L’approche systémique de Palo Alto, développée par le Mental Research Institute de Californie et appliquée en France notamment par Emmanuelle Piquet dans son travail avec les enfants et les familles, part d’un constat simple : souvent, ce sont les tentatives de solution qui entretiennent le problème. Un enfant fait des crises. Le parent tente de les calmer, de les éviter, de les négocier. Parfois (souvent), ça ne fonctionne pas, alors il essaie plus fort, et le fait même de vouloir prendre en charge les crises les amplifie. Les tentatives de solution (calmer, éviter, négocier, céder), attisent exactement ce qu’elles cherchent à éliminer. En voici une illustration saisissante dans cet article : Caprices des enfants : comment gérer les mini-Attilas ?
Le 180° consiste à sortir de cette boucle, pour cesser d’en être le carburant. Concrètement, avant une situation que vous savez déclenchante, ça peut ressembler à ceci.
Au lieu de
Tu ranges maintenant, et pas de crise cette fois.
PRESCRIRE LA CRISE
Je sais que ça va peut-être te mettre en colère. C’est logique. Si tu as besoin d’exploser, tu peux.
Ou, si la crise démarre :
Au lieu de
Calme-toi. Arrête. Ça suffit maintenant.
PENDANT LA CRISE
Je vois que tu es vraiment en colère. Je suis là.
Et c’est tout.
Ce que cela produit est contre-intuitif. En nommant la colère et en l’autorisant, l’enfant ne combat plus une résistance et n’a plus besoin de monter en intensité pour se faire entendre. Progressivement, il découvre que sa colère peut exister sans que le parent soit emporté avec lui.
Une précision essentielle : autoriser l’émotion n’est pas autoriser le comportement. La colère a le droit d’exister, mais il est sûrement bon que frapper, casser, insulter n’aient pas ce droit chez vous. Ce sont deux choses distinctes, et cette distinction se pose, calmement et fermement, en dehors de la crise, jamais dedans.
Responsabiliser, ce n’est pas abandonner
Une nuance importante : l’âge compte. Chez un enfant de 2 ou 3 ans, le cortex préfrontal, celui qui régule les émotions et inhibe les impulsions, est encore très immature. Une présence physique, une voix calme, un portage si l’enfant l’accepte, font partie d’un accompagnement normal à cet âge. Le curseur vers la responsabilisation se déplace progressivement, en suivant le développement réel de l’enfant. Un enfant de 8 ans peut traverser sa frustration seul bien plus qu’un enfant de 3 ans. Un adolescent de 14 ans, davantage encore.
Le mot « responsabiliser » fait parfois peur. Il peut évoquer un retrait, une forme d’indifférence habillée en pédagogie. Or ce n’est pas d’abandon qu’il s’agit ici. Responsabiliser un enfant, ce n’est pas le laisser se débrouiller seul avec ce qui le dépasse. C’est lui laisser la place de traverser ce qui est à sa portée, et se mettre à ses côtés (mais pas entre ses émotions et le monde) autant que de besoin.
Et cela passe aussi par le fait, lorsque la tempête est passée, de laisser l’enfant rencontrer les conséquences naturelles de ses actes, sans les amplifier mais sans les supprimer. Il a renversé le verre parce qu’il s’énervait : il essuie. Il a quitté la table en pleine colère sans finir son dîner : le repas n’est pas réchauffé une heure après. La cuisine est fermée. Ce ne sont pas des punitions. Ce sont des conséquences logiques. Le monde réel répond à ses actes, pas le parent en colère.
- Intervenir dès que la crise monte pour la stopper « Calme-toi, arrête, ça suffit » répété dix fois de suite, en finissant par hurler plus fort que lui
- Éviter systématiquement les situations déclenchantes Ne jamais aller au supermarché, ne jamais dire non au goûter
- Négocier en pleine crise « D’accord, encore cinq minutes mais après tu arrêtes vraiment »
- Céder pour que ça s’arrête Rendre le jouet, rallumer l’écran, annuler la conséquence
- Raisonner l’enfant au pic de la crise « Tu comprends bien que si tu continues comme ça… »
- Nommer l’émotion et rester présent sans agir « Je vois que tu es vraiment en colère. Je suis là. »
- Anticiper verbalement sans éviter la situation « On va chez mamie, je sais que tu voudras rester jouer. Ça peut te mettre en colère. »
- Poser le cadre hors crise, le tenir pendant Décider des règles au calme. Ne pas les renégocier quand ça pleure.
- Laisser les conséquences logiques se produire Le verre renversé en s’énervant : il essuie, sans discours.
- Reprendre la conversation après, quand le calme est revenu « Tout à l’heure tu étais vraiment en colère. Qu’est-ce qui s’est passé pour toi ? »
- La colère émotionnelle n’est pas un caprice : c’est un signal physiologique qui cherche une sortie, et son expression est utile à l’enfant (E. Binet).
- Chaque crise traversée sans sauvetage parental construit un peu plus la tolérance à la frustration. Chaque crise évitée ou interrompue empêche cet apprentissage (Filippello et al., School Psychology International, 2018).
- Le contrôle parental élevé est associé à une régulation émotionnelle plus faible, en particulier pour la colère, dans 25 études portant sur plus de 10 000 enfants (Beliveau et al., Journal of Child and Family Studies, 2023).
- Autoriser la crise, ce n’est pas autoriser le comportement. L’émotion a le droit d’exister. Frapper, casser, insulter : non. Cette limite se pose hors crise, jamais dedans.
- Responsabiliser n’est pas abandonner. C’est remettre le curseur au centre et laisser l’enfant rencontrer le monde réel à hauteur de son âge.
Un enfant dont les émotions ont le droit d’exister apprend quelque chose qui dure : ce qui se passe en lui est réel, et c’est peut-être la chose la plus utile qu’on puisse lui enseigner.
Questions fréquentes
Pourquoi mon enfant fait des crises de colère ?
La colère est une réponse à un besoin bloqué : continuer à jouer, être entendu, ne pas être interrompu. Chez les enfants, cette réponse est intense parce que le cortex préfrontal, qui régule les émotions, est encore en développement. Une crise n’est pas un trait de caractère : c’est une émotion qui n’a pas encore trouvé d’autre chemin pour sortir. Les déclencheurs sont souvent multiples : frustration immédiate, mais aussi accumulation de la journée, fatigue, sentiment d’injustice ou blessure à l’estime de soi.
Quelle émotion se cache derrière la colère d’un enfant ?
La colère n’est pas toujours une émotion secondaire qui en masque une autre. Elle est souvent une réponse directe à quelque chose de précis : un sentiment d’injustice, un besoin d’autonomie frustré. Mais parfois elle a pour moteur la peur, la honte ou la tristesse. Un enfant qui se met en colère parce qu’il a raté quelque chose exprime peut-être une blessure à l’estime de soi plus qu’une frustration passagère. Line Massé, psychoéducatrice à l’UQTR, note que les enfants qui réagissent très fort aux remarques négatives ou aux échecs sont souvent ceux dont l’estime de soi est la plus fragile. La colère, dans ces cas, fonctionne comme une protection contre quelque chose de plus difficile à montrer.
Mon enfant fait des crises à la maison mais pas à l’école : pourquoi ?
C’est souvent l’inverse du problème qu’on croit. À l’école, l’enfant mobilise une énergie considérable pour se contenir, s’adapter, répondre aux attentes. Il rentre, et il lâche. Pas parce que la maison est mal gérée : parce que la maison est l’endroit où il se sent suffisamment en sécurité pour ne plus tenir. Les crises à la maison uniquement sont souvent le signe d’un attachement solide, pas d’un problème éducatif. La question n’est pas « pourquoi il tient à l’école et pas ici », mais « comment on l’aide à décompresser autrement qu’en faisant exploser l’ambiance à la maison ».
À quel âge les crises de colère doivent-elles s’arrêter ?
Il n’y a pas d’âge précis. Les crises intenses diminuent généralement entre 4 et 7 ans à mesure que le langage se développe et que l’enfant trouve d’autres façons d’exprimer ce qu’il ressent. Si les crises sont fréquentes, très intenses et persistent au-delà de 8-9 ans sans évolution, c’est peut-être le moment de s’interroger sur la dynamique relationnelle à la maison ou à l’école, pas seulement sur l’enfant. Un professionnel peut aider à identifier si c’est une question de tempérament, de contexte ou de boucle relationnelle installée.
Faut-il consoler un enfant en crise ?
Pas pendant. La consolation au pic de la crise peut, paradoxalement, renforcer la crise : l’enfant apprend que l’intensité émotionnelle produit de l’attention et de la proximité. Ce qui aide pendant : rester calme, ne pas s’éloigner, ne rien faire de particulier. Ce qui aide après : accueillir l’émotion une fois la tempête passée. « Tu étais vraiment en colère tout à l’heure. Qu’est-ce qui s’est passé ? » vaut mieux que n’importe quelle consolation en plein pic.
Enfant colérique : est-ce lié au caractère ou à l’éducation ?
Les deux, mais pas de la façon dont on l’imagine. Certains enfants ont un tempérament plus intense : ils désirent fort, et quand ça bloque, ils réagissent fort. Ce n’est pas un défaut. C’est souvent un enfant vif, curieux, engagé dans ce qu’il fait. Ce qui varie selon l’éducation, c’est ce qu’il apprend à faire avec cette intensité. Un enfant dont les crises sont systématiquement gérées par ses parents n’apprend pas à les traverser seul. Un enfant dont on laisse la colère exister, sans la supprimer ni y céder, développe progressivement la capacité de la réguler lui-même.
Mon enfant fait des crises à l’école mais pas à la maison : pourquoi ?
Ça peut signifier plusieurs choses, mais la piste la plus fréquente est celle-ci : l’école est un environnement qui génère beaucoup de frustrations auxquelles l’enfant ne sait pas encore répondre autrement. Les règles imposées, les conflits avec les pairs, le sentiment d’injustice face à un adulte qu’on ne peut pas contester… tout ça produit de la colère, et la colère cherche une sortie là où elle se trouve. À la maison, si les crises n’ont pas lieu, c’est parfois parce que l’environnement est plus prévisible, plus sécurisant.
Pour aller plus loin
- Le cerveau de l’enfant, Catherine Guéguen, L’école des parents, Cairn, 2017
- Caprices des enfants : comment gérer les mini-Attilas, Emmanuel Piquet, Huffington Post, 2015
- How to Stop Kids’ Meltdowns and Gain Their Cooperation, Tina Feigal, psychologue scolaire — TEDxClintonMiddleSchoolStudio (en anglais)
- La Matrescence, EP 166 : « Ça ne peut plus durer ! », changer le quotidien pesant avec nos enfants, Céline Syritellis, docteure et coach parental (Clémentine Sarlat)
- La Matrescence, EP 297 : « Agressivité chez l’enfant : ce que personne ne vous dit », Héloïse Junier, docteure en psychologie (Clémentine Sarlat)
- Les colères des enfants, Héloïse Junier, psychologue, Les pros de la petite enfance
- Massé, L. (2017). Aider l’enfant à mieux gérer ses frustrations et sa colère. Conférence, Institut universitaire du Centre jeunesse de Québec, CIUSSS de la Capitale-Nationale.
- Junier, H. (2021). Les colères des enfants [Podcast audio]. Les pros de la petite enfance. lesprosdelapetiteenfance.fr
- Filippello, P., Harrington, N., Costa, S., Buzzai, C., & Sorrenti, L. (2018). Perceived parental psychological control and school learned helplessness: The role of frustration intolerance as a mediator factor. School Psychology International, 39(4), 360–377.
- Cui, L., Morris, A. S., Criss, M. M., Houltberg, B. J., & Silk, J. S. (2014). Parental psychological control and adolescent adjustment: The role of adolescent emotion regulation. Parenting: Science and Practice, 14(1), 47–67.
- Beliveau, L. E., Iselin, A.-M. R., DeCoster, J., & Boyer, M. A. (2023). A meta-analysis relating parental psychological control with emotion regulation in youth. Journal of Child and Family Studies, 32, 3876–3891.



