A propos

Je suis Camille Chauvelin, ingénieure spécialiste des sciences cognitives (ENSC – Bordeaux INP), et titulaire d’un Master 1 en Sciences sociales (EHESS – Paris). Une combinaison qui m’a appris une chose : les comportements humains se comprennent mieux quand on ne choisit pas entre deux perspectives souvent opposées à tort : la richesse des modèles cognitifs et la complexité des dynamiques sociales et relationnelles.

Plusieurs travaux et publications liées de près ou de loin à ce parcours, m’ont familiarisée avec les méthodes d’analyse et de mobilisation de la littérature scientifique. Quinze années d’activité comme consultante indépendante sur des questions de facteurs humains, d’organisation et de risques psychosociaux ont prolongé ce travail au contact de situations humaines complexes… confrontée en continu à une réalité que les sciences humaines formalisent rarement : les systèmes humains ont une cohérence propre, et les interventions qui ignorent cette cohérence échouent, même bien intentionnées.

L’approche qui structure ce magazine

Je me forme à la thérapie brève systémique et stratégique auprès d’Emmanuelle Piquet, thérapeute française et maître de conférences à l’Université de Liège. Spécialiste de l’École de Palo Alto, elle a modélisé une approche spécifique des souffrances en milieu scolaire aujourd’hui reconnue dans toute l’Europe francophone. Auteure d’une quinzaine d’ouvrages de référence sur le sujet, elle a été élevée au grade de chevalier de l’Ordre du Mérite par le ministre de l’Éducation nationale en 2019. Cette formation n’est pas un virage dans mon parcours : c’est une convergence.

L’approche systémique et stratégique est héritée de l’école de Palo Alto et du Mental Research Institute (MRI), fondé en Californie dans les années 1950 par une équipe de chercheurs dont Gregory Bateson, Don Jackson, Jay Haley et John Weakland, qui ont radicalement changé la façon de penser les problèmes humains. Plutôt que de chercher l’origine d’une difficulté dans le passé ou dans la psychologie individuelle, cette école s’intéresse à ce qui, dans les interactions présentes, entretient le problème… et à ce qui peut l’interrompre.

Le postulat est à la fois simple et exigeant : lorsqu’une série de difficultés s’enkystent et créent un « problème », ce sont souvent les tentatives de solutions, inefficaces, qui attisent et entretiennent le problème. Un enfant harcelé à qui l’on conseille d’ignorer ses agresseurs, un adolescent anxieux à qui l’on dit de « relativiser », un parent épuisé à qui l’on répond que « ça passera »… ces réponses bien intentionnées peuvent, si elles ne fonctionnent pas, aggraver ce qu’elles cherchent à résoudre.

Le travail thérapeutique consiste alors à identifier précisément ces tentatives de solution qui échouent, et à introduire un changement ciblé dans le système, souvent là où on ne l’attend pas, et à 180° de ce qui a déjà vainement été tenté. C’est ce que fait Emmanuelle Piquet avec les enfants victimes de harcèlement : elle leur apprend à répondre différemment, à sortir du rôle que la situation leur impose, à changer de posture et à reprendre une forme d’initiative dans un contexte qui les avait réduits à subir. Une compétence qui, une fois acquise, peut se révéler utile bien au-delà de la situation qui l’a fait naître.

Cette façon de penser les situations, systémique, ancrée dans le présent, orientée vers le changement concret, est le fil conducteur de tous les articles publiés ici.

Ce blog est différent

La littérature scientifique sur le développement de l’enfant, le harcèlement scolaire, la parentalité ou la souffrance adolescente est abondante. Elle est aussi, le plus souvent, écrite pour les pairs, et donc inaccessible aux parents et aux enseignants qui ont besoin de solutions concrètes, rapidement. De l’autre côté, les articles grand public sur ces mêmes sujets ne manquent pas, mais ils oscillent souvent entre la liste de conseils généraux sans prise sur la réalité, et la réassurance molle qui ne résout rien.

Ce blog est une tentative d’ouvrir une troisième voie. Non pas en vulgarisant à outrance, mais en restituant fidèlement ce que les recherches disent, ce qu’elles ne disent pas encore, et ce qu’une approche systémique permet de faire lorsque les conseils habituels ne suffisent plus.

Sans jamais oublier que :

Il n’y a pas de mode d’emploi, jamais, dans ce champ particulier des relations humaines qui est par définition mouvant, complexe et rétif à toute définition circonscrite.

Emmanuelle Piquet, Votre enfant face aux autres, Les Arènes, 2002

Les articles proposés ici ne façonnent pas des recettes universelles, mais des façons de (re)penser les situations. Parce que comprendre ce qui se passe est souvent le premier pas pour que quelque chose change.