Imaginez un enfant de 4 ans qui adore dessiner. Chaque jour après l’école, il s’installe avec ses feutres sans qu’on lui demande. Concentré, joyeux, dans sa bulle. Un jour, vous décidez de l’encourager : vous lui offrez un joli diplôme doré chaque fois qu’il dessine. Pendant deux semaines, il dessine encore plus. Puis vous arrêtez les diplômes. Ce que les chercheurs ont observé ensuite a sidéré l’académie : l’enfant dessine désormais deux fois moins qu’avant l’introduction des récompenses.
Ce n’est pas une anecdote. C’est une expérience rigoureuse, répliquée des centaines de fois depuis 1973. Et pourtant, les récompenses extrinsèques restent l’outil pédagogique le plus utilisé dans nos classes et nos foyers.
Donner une récompense à un enfant pour quelque chose qu’il fait déjà avec plaisir, c’est lui apprendre que cette activité ne vaut pas la peine d’être faite gratuitement.
Motivation intrinsèque et extrinsèque : deux moteurs aux effets radicalement différents

Avant d’aller plus loin, posons le cadre. La psychologie distingue depuis les années 70 deux grandes familles de motivation, formalisées notamment par Edward Deci et Richard Ryan dans leur Théorie de l’Autodétermination (Self-Determination Theory), l’un des cadres théoriques les plus solides et les plus cités en psychologie de l’éducation.
La motivation intrinsèque, c’est faire quelque chose pour la chose elle-même : le plaisir, la curiosité, le défi. Un enfant qui lit un roman parce qu’il est captivé. Un collégien qui refait dix fois le même problème jusqu’à ce qu’il comprenne. Non pas parce qu’on lui a demandé, mais parce qu’il en a envie.
La motivation extrinsèque, c’est faire quelque chose pour ce que ça rapporte : une note, un sticker, l’approbation d’un parent, ou pour éviter une punition. L’action est là, mais elle disparaît dès que la carotte disparaît.
Ces deux types de motivation ne produisent pas les mêmes résultats. Les enfants qui apprennent par curiosité retiennent mieux, persistent face aux difficultés, et construisent un rapport positif et durable au fait d’apprendre. Ceux qui agissent sous pression extrinsèque font ce qu’on leur demande de façon superficielle, et seulement sous surveillance.
128 études expérimentales analysées dans la méta-analyse de Deci, Koestner & Ryan (1999).
Conclusion : les récompenses tangibles attendues réduisent de façon substantielle et fiable la motivation intrinsèque, particulièrement pour les activités déjà intéressantes.
Deci, Koestner & Ryan (1999) — Psychological Bulletin, 125, 627–668
L’effet de surjustification : quand les récompenses sabotent le goût d’apprendre
Le phénomène a un nom scientifique précis : l’effet de surjustification (overjustification effect). Le principe : quand on introduit une récompense externe pour une activité qu’un enfant fait déjà avec intérêt, son cerveau recalcule. Il se dit implicitement : « Si on me donne quelque chose pour faire ça, c’est donc que ça ne vaut pas la peine en soi. » La motivation bascule de l’intérieur vers l’extérieur. Ce glissement ne se voit pas au moment où il se produit. Il se voit quand on retire la récompense et que l’activité, elle, disparaît avec.
Expérience fondatrice · Stanford, 1973
Les feutres et le diplôme doré — Lepper, Greene & Nisbett
Des enfants de maternelle, repérés pour leur amour spontané du dessin, sont divisés en trois groupes. Le premier groupe reçoit un beau diplôme avec ruban avant de dessiner : ils s’y attendent. Le second reçoit le même diplôme sans l’avoir anticipé. Le troisième ne reçoit rien du tout.
Deux semaines plus tard, lors d’une période de jeu libre, les chercheurs observent discrètement le comportement des enfants face aux feutres. Le groupe qui avait attendu la récompense dessine en moyenne 50 % moins longtemps qu’avant l’étude. Les deux autres groupes : aucun changement.
La leçon est limpide. Ce n’est pas la récompense qui tue la motivation. C’est le fait de l’avoir attendue. Elle transforme l’activité en instrument pour obtenir autre chose. Et quand l’autre chose disparaît, l’instrument n’a plus de raison d’être.
Lepper, M.R., Greene, D., & Nisbett, R.E. (1973). Undermining children’s intrinsic interest with extrinsic reward. Journal of Personality and Social Psychology, 28, 129–137.
Ce que l’approche systémique ajoute à tout ça
Ce que Lepper a observé en 1973, l’approche systémique le formule autrement : la récompense n’a pas démotivé l’enfant. Elle a changé la nature de la relation entre l’enfant et l’activité. Et entre l’enfant et l’adulte.
Avant le diplôme doré, l’enfant dessinait pour lui. C’était son truc, sa bulle, son plaisir privé. Personne d’autre n’était dans l’équation. Après, quelqu’un est entré dans la boucle : l’adulte qui observe, évalue et récompense. L’activité ne se passe plus entre l’enfant et ce qu’il crée. Elle se passe entre l’enfant et le regard de l’adulte. Ce glissement est silencieux, mais il est profond. Et supprimer la récompense ensuite ne restaure pas la bulle d’avant : ça retire juste ce pour quoi l’enfant dessinait encore.
C’est précisément ce que décrit l’école de Palo Alto : certaines tentatives de solution modifient le système dans lequel elles s’appliquent. La récompense voulait encourager… elle a recadré l’activité en transaction.

La même dynamique se retrouve chez des collégiens en arts plastiques, des lycéens en musique, des adultes au travail. Quand une activité devient instrumentale, un simple moyen vers autre chose, sa valeur intrinsèque s’effondre. Une synthèse publiée dans la Revue française de pédagogie confirme ces effets dans des contextes scolaires français et européens.
Les stickers, les tableaux d’honneur et les classements n’apprennent pas aux enfants à aimer apprendre. Ils leur apprennent à travailler uniquement quand quelqu’un regarde.
Les récompenses sont-elles toujours mauvaises pour la motivation ?
Non. Et c’est là que la nuance devient importante. La science ne condamne pas toutes les récompenses. Elle identifie les conditions précises dans lesquelles elles nuisent, et celles où elles sont neutres, voire utiles à court terme.
Quand la récompense fait du mal
Une récompense est destructrice quand elle est annoncée à l’avance pour une activité que l’enfant fait déjà avec intérêt. C’est exactement le mécanisme des défis lecture avec badges, des tableaux de points pour les devoirs, des systèmes de « bons élèves de la semaine ». L’enfant qui aimait lire commence à collectionner les points. Et quand le défi s’arrête, la lecture s’arrête avec.
Situation concrète
Votre fils de 9 ans dévore des livres. Vous l’inscrivez au défi lecture de l’école, avec des points à accumuler et un diplôme à la clé. Pendant deux mois, il lit encore plus. Puis le défi se termine. Il ne touche plus un livre de l’été. Quand vous lui en proposez un, il demande : « Ça compte pour quelque chose ? »
Quand la motivation extrinsèque ne fait pas de mal
Deux situations où la récompense est neutre ou utile. D’abord, quand l’activité est vraiment rébarbative : mémoriser les départements français, conjuguer les verbes du troisième groupe, apprendre les tables de multiplication par cœur. Il n’y a pas de motivation intrinsèque à détruire : la récompense peut aider à démarrer. Elle ne créera pas de passion, mais elle n’en détruira pas non plus.
Ensuite, quand la récompense est inattendue. Dans l’expérience originale, le groupe qui recevait le diplôme sans l’avoir anticipé ne perdait pas sa motivation. Surprendre un enfant après une belle réalisation, sans qu’il l’ait attendu : c’est reconnaître, pas contrôler. C’est une nuance capitale dans la théorie de l’autodétermination.
Une récompense surprise après un effort réel, c’est de la reconnaissance. Une récompense promise avant, c’est du contrôle. Le cerveau ne les traite pas de la même façon, et le résultat à long terme n’est pas du tout le même.
Le piège de l’éloge : « tu es tellement intelligent »
Si les récompenses matérielles posent problème, les encouragements verbaux sont-ils sans danger ? Pas toujours. La psychologue Carol Dweck (Stanford) a passé 30 ans à étudier la question. Ses résultats ont changé durablement la façon dont on pense la motivation scolaire. Son TED Talk sur le mindset de croissance reste l’une des conférences éducatives les plus regardées au monde.
Dans ses études les plus connues, des enfants résolvaient des séries de problèmes. La moitié entendait ensuite : « Tu es vraiment intelligent ! » L’autre moitié : « Tu as vraiment bien travaillé ! » Performance de départ identique. Résultats radicalement différents ensuite.
Les enfants félicités pour leur intelligence devenaient fragiles : ils évitaient les exercices difficiles (risque de ne plus « paraître intelligents »), mentaient plus souvent sur leurs résultats, et voyaient leurs performances décliner face aux vrais défis. Ceux félicités pour leur travail choisissaient des exercices plus difficiles, persistaient, et progressaient.
La raison est simple. Dire à un enfant qu’il est intelligent, c’est lui offrir une identité fixe. Et dès qu’il échoue, ce n’est plus juste un échec : c’est la preuve qu’il n’est pas si intelligent que ça. L’enjeu devient trop grand pour prendre le risque de s’y confronter.
Dire « tu es tellement doué » à un enfant, c’est lui offrir un cadeau empoisonné : dès qu’il échoue, ce n’est plus juste un échec : c’est la preuve qu’il n’est pas si doué que ça.
Attention cependant : Dweck elle-même a sonné l’alarme (2015). L’enthousiasme pour l’éloge de l’effort a engendré des dérives. Beaucoup d’adultes ont commencé à féliciter systématiquement : « Bravo tu as essayé ! », même quand l’enfant n’a rien fourni, ou n’a pas progressé. Ce n’est pas mieux. C’est un faux réconfort qui masque les lacunes au lieu de les corriger.
La formule efficace selon Dweck relie trois choses : effort + stratégie + résultat. Pas « bravo tu as essayé », mais : « Tu as abordé ce problème différemment cette fois-ci, et regarde, ça a marché. C’est exactement comme ça qu’on progresse. »
Concrètement : que faire (et ne plus faire) dès demain ?
Avant de lister ce qui marche et ce qui ne marche pas, une observation utile : la plupart des parents qui utilisent beaucoup les récompenses ne le font pas par manque d’idées. Ils le font parce que ça a marché une fois. Alors ils ont recommencé. Et comme ça marchait encore, ils ont continué. Et quand ça a cessé de marcher, ils ont augmenté la dose.
L’enfant n’agit plus que si la carotte est là. Et le parent se retrouve coincé dans une logique dont il ne sait plus comment sortir. Le pas de côté, ici, ce n’est pas de tout arrêter brutalement. C’est de commencer à agir différemment dans la relation, plutôt que de chercher une meilleure récompense. Les pistes qui suivent vont dans ce sens.
Féliciter ce qu’on peut nommer précisément
Au lieu de
Bravo, tu es trop fort en français !
Essayer
Tu as relu deux fois ta rédaction avant de la donner. Et ça se voit dans le résultat. C’est exactement ce qui fait la différence.
L’éloge porte sur une action concrète et reproductible, pas sur une qualité fixe. L’enfant sait quoi refaire la prochaine fois.
Expliquer le sens avant de demander l’effort
Au lieu de
Tu dois finir tes devoirs avant de sortir. Point.
Essayer
On révise les fractions ce soir parce que jeudi tu as un contrôle et que les fractions reviennent dans les deux dernières questions. Si tu bloques là-dessus, tu perds des points pour rien.
Un enfant qui comprend pourquoi a infiniment plus de raisons d’agir qu’un enfant qui obéit. Même à 7 ans.
Laisser un vrai choix dans les modalités
Au lieu de
Tu fais tes devoirs maintenant, à la table de la cuisine.
Essayer
Les devoirs sont à finir avant le dîner. Tu veux commencer maintenant ou dans vingt minutes ? Tu veux qu’on en fasse un bout ensemble ou tu veux les faire seul ?
Le fond n’est pas négociable, mais la forme l’est. Ce choix réel, même petit, nourrit le sentiment d’autonomie : l’un des trois besoins fondamentaux identifiés par Deci et Ryan pour que la motivation soit durable.
- Les récompenses promises à l’avance pour des activités déjà appréciées« Si tu lis 5 livres ce mois-ci, tu auras une surprise. »
- Les tableaux de classement affichés en classe ou à la maisonLes « étoiles du jour » visibles par tous les élèves.
- L’éloge de l’intelligence ou du « don »« T’es vraiment doué en maths, toi. »
- L’éloge d’effort vide, déconnecté de tout progrès réel« Bravo tu as essayé ! » après un travail bâclé.
- Les comparaisons publiques entre enfants« Regarde comme ta sœur a bien rangé sa chambre. »
- Le chantage motivationnel« Si tu n’as pas 12 de moyenne, pas de foot. »
- Les récompenses surprises, non annoncées, après un effort réelAprès un devoir particulièrement soigné : « Je t’emmène au ciné ce week-end, j’ai vu le travail que tu as fourni. »
- Expliquer le sens avant de demander l’effort« On révise les fractions ce soir parce que la semaine prochaine tu vas en avoir besoin pour les recettes de cuisine qu’on veut faire. »
- Féliciter la stratégie, pas le résultat« Comment tu t’y es pris pour ce problème ? » puis : « C’est exactement ça qui marche. »
- Laisser des choix réels dans les modalités de travail« Tu veux commencer par les maths ou par la rédaction ? »
- Reconnaître la progression individuelle, pas la performance absolue« La semaine dernière tu bloquais sur ce type d’exercice. Là tu l’as fait tout seul. »
- Laisser l’enfant vivre le plaisir de comprendre par lui-mêmeRésister à l’envie de donner la réponse : attendre, laisser le silence faire son travail.
- Après cinquante ans de recherche, la psychologie motivationnelle a convergé vers quelques principes robustes :
- Les récompenses tangibles attendues détruisent la motivation intrinsèque pour les activités déjà intéressantes. Effet de surjustification documenté par Lepper, Greene & Nisbett (1973) et confirmé par 128 études (Deci, Koestner & Ryan, 1999)
- Les trois besoins fondamentaux (autonomie, compétence, appartenance) doivent être nourris pour que la motivation soit durable (Ryan & Deci, 2000)
- L’éloge de l’intelligence fixe crée des élèves fragiles et évitants. L’éloge du processus crée des élèves persévérants et curieux (Dweck & Mueller, 1998)
- Le style de l’adulte est un multiplicateur : soutenir l’autonomie transforme la trajectoire motivationnelle d’un enfant sur le long terme (Ryan & Deci, 2020)
Le but de l’éducation n’est pas de produire des enfants qui travaillent pour des récompenses, mais de former des humains qui apprennent parce qu’apprendre les rend vivants.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une récompense dans l’éducation ?
En éducation, une récompense est tout ce qu’un adulte donne ou promet à un enfant en échange d’un comportement ou d’un résultat : sticker, bon point, argent, privilège, éloge public, tablette… On distingue les récompenses tangibles (objets, argent) des récompenses verbales (félicitations). Les premières sont documentées comme les plus problématiques pour la motivation à long terme, notamment quand elles sont annoncées avant l’effort pour une activité que l’enfant apprécie déjà. Les secondes peuvent être très efficaces à condition de porter sur le processus (effort, stratégie) plutôt que sur le résultat ou une qualité fixe.
Quels sont les différents types de récompenses ?
La psychologie distingue quatre grands types : les récompenses tangibles (objets, argent, friandises), les récompenses symboliques (stickers, diplômes, bons points), les récompenses sociales (éloges, reconnaissance publique, applaudissements), et les récompenses d’activité (accès à un jeu, sortie spéciale, temps d’écran). Sur leur effet motivationnel, la distinction la plus importante n’est pas le type de récompense mais son mode d’administration : attendue vs surprise, conditionnelle vs inconditionnelle, portant sur l’identité vs portant sur le comportement.
Les récompenses sont-elles mauvaises pour les enfants ?
Pas toutes, et pas dans tous les contextes. Les récompenses tangibles annoncées à l’avance pour des activités que l’enfant apprécie déjà sont documentées comme destructrices de la motivation intrinsèque : c’est l’effet de surjustification. En revanche, les récompenses inattendues après un effort réel, et les encouragements centrés sur la stratégie plutôt que sur le résultat, n’ont pas cet effet négatif. La règle de base : ne jamais conditionner ce que l’enfant fait déjà avec plaisir.
Quelles sont les récompenses possibles au collège ?
Au collège, les récompenses institutionnelles (félicitations du conseil de classe, mentions, tableau d’honneur) ont des effets très variables selon le profil de l’élève. Pour les ados, la recherche montre que la reconnaissance sociale par les pairs pèse souvent plus que la validation des adultes. Les formes de reconnaissance les plus efficaces à cet âge sont celles qui soulignent une progression individuelle (« tu as réussi quelque chose que tu ne savais pas faire avant ») plutôt que la comparaison avec d’autres. Un retour de l’enseignant sur une stratégie spécifique (« ta façon d’organiser ton argumentation a changé ») a bien plus d’effet durable qu’une mention imprimée sur un bulletin.
Comment encourager un enfant sans nuire à sa motivation ?
Trois leviers validés par la recherche : féliciter l’effort et la stratégie employée (pas l’intelligence ni le « don »), expliquer le sens de ce qu’on demande avant de demander l’effort, et laisser des choix réels dans les modalités de travail. Ces pratiques nourrissent les trois besoins fondamentaux identifiés par Deci et Ryan : autonomie, sentiment de compétence, et appartenance. En pratique : « tu as essayé une nouvelle méthode et ça a marché » vaut infiniment mieux que « bravo, t’es trop fort ».
Mon enfant ne fait plus rien sans récompense. Comment en sortir ?
C’est l’une des situations les plus fréquentes, et les plus épuisantes. Ce qui l’a créée, c’est souvent précisément ce qui semblait fonctionner : les récompenses ont marché, alors on les a multipliées, jusqu’à ce que l’enfant n’agisse plus sans elles. La sortie ne passe pas par un sevrage brutal, qui crée de la résistance. Elle passe par trois glissements progressifs : commencer à valoriser ce que l’enfant fait avant qu’il attende une récompense (même une toute petite chose), expliquer le sens de ce qu’on lui demande plutôt que d’en faire une transaction, et lui laisser des micro-choix dans la façon dont il s’y prend. Ce n’est pas spectaculaire au début. Mais c’est ce qui change la nature de la relation, et c’est ça le vrai levier.
Les notes à l’école freinent-elles la motivation des élèves ?
C’est l’une des questions les plus débattues en psychologie de l’éducation. Les notes constituent une forme de motivation extrinsèque : l’élève travaille pour la note, pas pour le plaisir d’apprendre. Bien qu’elles puissent être très motivantes pour certains profils, les recherches montrent qu’elles peuvent réduire la prise de risque intellectuelle : les élèves évitent les sujets où ils pourraient échouer, et privilégient un apprentissage superficiel orienté vers l’évaluation. Les systèmes éducatifs qui privilégient le feedback qualitatif sur les notes chiffrées (comme en Finlande en primaire) observent de meilleurs résultats en termes d’engagement et de curiosité durable.
Les systèmes de points et badges dans les applis éducatives sont-ils efficaces ?
Les systèmes de gamification (points, badges, classements) reproduisent exactement les mécanismes de motivation extrinsèque documentés comme problématiques : ils sont annoncés à l’avance, conditionnels, et orientent l’attention vers la récompense plutôt que vers l’apprentissage. Sur le long terme, ils risquent de réduire l’intérêt intrinsèque, particulièrement pour les enfants qui aimaient déjà la matière. Une étude publiée par Canopé sur la ludification scolaire le confirme. La gamification peut aider à amorcer une activité rébarbative, mais elle ne construit pas de motivation durable.
- Carol Dweck : La puissance de croire qu’on peut s’améliorer — TED Talk
- Self-Determination Theory — site officiel de Deci & Ryan (EN)
- Impact de la ludification sur la motivation scolaire — Réseau Canopé
- Comment le cerveau motive le comportement : du circuit de la récompense au système des valeurs — Mathias Pessiglione — Bulletin de l’Académie Nationale de Médecine
- Lepper, M.R., Greene, D., & Nisbett, R.E. (1973). Undermining children’s intrinsic interest with extrinsic reward: A test of the « overjustification » hypothesis. Journal of Personality and Social Psychology, 28, 129–137.
- Deci, E.L., Koestner, R., & Ryan, R.M. (1999). A meta-analytic review of experiments examining the effects of extrinsic rewards on intrinsic motivation. Psychological Bulletin, 125, 627–668.
- Ryan, R.M., & Deci, E.L. (2000). Self-determination theory and the facilitation of intrinsic motivation, social development, and well-being. American Psychologist, 55(1), 68–78.
- Ryan, R.M., & Deci, E.L. (2020). Intrinsic and extrinsic motivation from a self-determination theory perspective. Contemporary Educational Psychology, 61, 101860.
- Mueller, C.M., & Dweck, C.S. (1998). Praise for intelligence can undermine children’s motivation and performance. Journal of Personality and Social Psychology, 75(1), 33–52.
- Dweck, C.S. (2015). Carol Dweck revisits the ‘Growth Mindset’. Education Week.
- Lieury, A., & Fenouillet, F. (2019). Motivation et réussite scolaire. Dunod.



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